Couvertures de presse : Le Monde compare-t-il Macron à Hitler ?

Couvertures de presse : Le Monde compare-t-il Macron à Hitler ?

Je n’avais pas du tout prévu de parler de société dès mon deuxième article, mais au vu de l’actualité présente, ce serait trop dommage de rater ça. Go with the flow ! 

 

 

Pour ceux qui auraient raté le premier bad-buzz de 2019 (ainsi que le dernier de 2018, vu qu’il a commencé le 29 décembre 2018, mais reste d’actualité en ce début d’année…), voilà le topo.

 

Dans le monde magnifique d’Internet, tout a commencé avec Richard Ferrand. Ce bon monsieur fut ministre du premier gouvernement formé sous la présidence Macron, puis, éjecté à la suite de scandales politico-financiers, il a toutefois alors pris la tête du groupe parlementaire de la République en Marche à l’Assemblée nationale (comme quoi l’un n’empêche pas l’autre, mais ce n’est pas le sujet). Il est intéressant de noter qu’à l’âge de 26 ans seulement, il était directeur associé d’une agence de graphisme de presse, et deux ans plus tard avait créé sa propre société de conseil en communication.
Le 29 décembre donc, jour de la publication du supplément M du magazine Le Monde, il posta ce tweet :

 

 

Notre bon et alerte Internet s’est alors « enflammé », spécialement du côté de la République en Marche, et ce au point que le directeur du Monde publia ses excuses sur le site le soir même, vers 22h. Et rebelote, deux jours après, se justifiant à nouveau, contre « de nombreux courriels de lecteurs exprimant leur réprobation, voire leur indignation ».

 

Dans l’après-midi du 29, déjà, Julien Joly posta une analyse intéressante sur Twitter, bien qu’incomplète. Il nous propose de comparer l’image ci-dessus avec celle-ci :

 

 

Que se passe-t-il alors dans notre esprit ? Julien Joly explique très justement que lorsque deux images sont juxtaposées, notre cerveau cherche à faire le lien entre les deux, à la manière de deux cases de bandes dessinées. En cinéma, ce phénomène porte même le nom d’effet Koulechov : un effet de montage grâce auquel deux plans (prises de vue), par leurs interactions, apportent plus de sens aux spectateurs qu’un plan isolé. Il est même possible d’entendre parler de « contamination sémantique », du fait de l’influence d’un plan sur l’autre. Toutefois, comme l’écrit Marc sur son blog MARCØ (en critiquant justement une vidéo… du Monde !), plus il y a une cohérence et une logique entre les deux plans, plus efficace sera le phénomène (donc pour y voir du lien… il doit déjà y avoir du lien !).

Personnellement, étant une total camée légère addicte aux images, les deux graphismes présentés par Richard Ferrand m’ont paru totalement décousus. Ce n’a cependant pas été le cas de la twittosphère, qui a liké son tweet2500 fois !

 

Bon, refaisons l’expérience avec notre cher Hitchcock (comme l’a proposé ce blog mais avec une image, disons, très moche). Cliquez sur ce lien ici puis réfléchissez à l’impression que donnent ces images sur le personnage présenté (sans lire la suite). Il y a de très grandes chances que le perceviez comme touché, attendri, soit un gentil bonhomme ou père de famille (si ce n’est cependant pas le cas, demandez-vous peut-être ce qui se trame dans votre inconscient, à la manière d’un test de Rorschach).
Après ça, regardez l’agencement visible à ce lien, et analysez à nouveau le ressenti que vous avez envers lui. Hmmmmm… eh bien maintenant on dirait un sacré petit pervers ! Voilà ce qu’est l’effet Koulechov, et voilà pourquoi le tweet de Richard Ferrand peut induire en erreur. Car de la même façon, le montage fait par Julien Joly (vu ci-dessus), au contraire, semble nous faire penser que Macron est pro-manifestation et engagé avec le peuple.

 

De même, il faut aussi ajouter que nos connaissances, notre culture, nos convictions ou nos préjugés suscitent chez nous des compréhensions ou perceptions différentes des images qui nous entourent. Par exemple, si on considère que Le Monde, généralement vu comme de gauche, est en réalité un magazine populiste, voire communiste, il est fort à parier que nous serons plus réceptifs au tweet du député et penserons « c’est lié, la presse gaucho-bobo compare Macron à Hitler ! ».

 

Dans leurs premières excuses, le magazine Le Monde explique qu’ils se sont simplement inspirés d’un mouvement du début du XXe siècle, le constructivisme. Ils ajoutent : « La couverture s’inspire par ailleurs de travaux d’artistes, notamment ceux de Lincoln Agnew, qui a réalisé de nombreux sujets graphiques pour M le magazine du Monde. » S’ensuit l’image ci-dessous qui présente ces couvertures :

 

 

(Bien moins réussies ne trouvez-vous pas ? La dernière restant ma préférée, mais tout de même à bonne distance de la couverture du 29… Dites-moi ce que vous en pensez, vous, en commentaire, ça m’intéresse !)

 

Bon. Qu’est-ce que le constructivisme ? Il s’agit d’un courant artistique apparu en Russie, en opposition à ce que ses adeptes dénommaient l’« ordre ancien », conservateur et trop éclectique, ainsi qu’à l’art importé (principalement vis-à-vis de la décadence parisienne et munichoise : l’Art déco, Mucha, le bling-bling… vous voyez le genre). Très inspiré par l’industrie, la géométrie (via l’utilisation de cercles, rectangles, angles et lignes droites) et l’abstraction, ils cherchèrent à se démarquer et prônèrent l’audace. Ils réalisèrent notamment des photomontages dynamiques et percutants, qu’ils associaient à de la typographie et à des couleurs rouge, noire et blanche, voire primaires. Fortement lié à l’engagement social et à la propagande, il devint l’art officiel de la révolution russe. Cet élan, assez méconnu, fut cependant un moment essentiel dans l’histoire de l’art et du graphisme, mais il sera cependant arrêté par le changement politique impulsé par l’arrivée de Staline au pouvoir, et fut par la suite remplacé par le réalisme soviétique (qui n’a mais vraiment rien à voir).

 

Catalogue de l’exposition sur les affiches constructivistes russes de 1920-1940.

 

Malheureusement (aussi) le beau rouge cinabre, ou rouge feu, n’aura pas servi qu’à ce mouvement populaire, puisqu’il vint ensuite tapisser le drapeau de l’idéologie nazie. Dès lors, nombre d’affiches dépeignant l’étendard se retrouvèrent teintées de cette couleur.

Toutefois, comme il en va de même pour la croix gammée, ou svastika, symbole majeur et incontournable de l’hindouisme, du jaïnisme et du bouddhisme, le style graphique de photos noires et blanches contrastées avec aplats de rouge n’est pas inhérent à la dictature et à la haine raciale.

De plus, l’usage de la géométrie via d’importante lignes directrices et l’asymétrie présentes dans la couverture du supplément tient plus du constructivisme que de l’imagerie nazie, comme le rappelle Jean François Porchez, typographe (et « #teammacron », si je puis me permettre de citer sa courte présentation). Il ajoute sur son blog « Le noir et le rouge sont des couleurs de base en imprimerie, depuis l’invention de Johannes Gutenberg (sa bible à 42 lignes est partiellement imprimée en noir et rouge). L’aspect jauni, c’est l’âge des images, le mauvais papier. »

Les deux collages suivants comparant les deux mouvements viennent de lui (merci pour ce travail 😊).

 

Constructivisme russe.

 

Imageries nazies.

 

Toutefois, les caractères gothiques (dont le M en couverture fait partie) appartiennent aux symboles principaux du régime nazi, comme représentant à la fois gloire au passé et grandiloquence de la nation. Pour continuer à citer Jean François Porchez, aussi auteur de cette police en 1994 (une version simplifiée de la précédente) encore en usage : « La grande différence avec l’imagerie nazie, c’est que cette dernière utilise plus souvent de l’illustration, des compositions centrées, plus académiques, même si les couleurs sont similaires (dit plus haut: noir et rouge présents partout depuis Gutenberg). Dans les deux cas, même s’il s’agit de supports de propagande de régimes totalitaires*, à la différence près que le constructivisme Russe est exposé à Pompidou, MoMA et autres grands musées d’art contemporain. »

 

*Aparté historique :

*Je mettrais toutefois un bémol à ses dires : la révolution russe peut être qualifiée de révolution comparable à notre bonne vieille révolution française de 1789-1799. Car il ne faut pas oublier que cet équivalent russe est venu mettre fin au régime tsariste, qui ressemblait fort bien à notre monarchie. Effectivement, ce qui en a découlé n’était pas le grand luxe (guerres civiles, famines…), mais si les affiches constructivistes appartenaient bien au domaine de la propagande, elles portaient des idéaux plus « nobles » que celles se rattachant au nazisme (les idéaux notamment d’une population rurale sans terres, et donc cruellement pauvre, voulant dès lors combattre le régime qui les affame). Il ne faut pas non plus oublier que « le rôle des idées et de la pratique politique de Lénine dans le développement du totalitarisme au xxe siècle fait l’objet de débats ». L’occident a tendance à cataloguer tous régimes se rapprochant du « socialo-communisme » comme totalitaire. Pareillement, une propagande peut être bénéfique, de par sa définition « action systématique exercée sur l’opinion pour lui faire accepter certaines idées ou doctrines » (Larousse en ligne). Après, je suis loin d’être une experte en histoire, mais je me souviens vaguement toutefois de mes cours au collège, où la sèche Madame Lafage nous parlait des idées « pures » de Lénine, ensuite souillées par le stalinisme. Je refermerai donc la parenthèse là (en invitant toutes les personnes plus cultivées que moi à partager leurs savoirs dans les commentaires).

 

De toute manière, sur la couverture les manifestants n’exhibent pas le drapeau de la nation, mais un drapeau inversé : rouge, blanc (et ce qu’on devine), bleu. De même, celui-ci vient bloquer une possible ouverture dans le champ visuel de l’image : le drapeau cache presque l’arc de l’Arc de triomphe. Il est aussi intéressant de rappeler que ce dernier a été inauguré en 1836 par le roi des Français, Louis-Philippe, qui le dédie aux armées de la Révolution et de l’Empire. De plus, ce qui semble être des manifestants sur la photo (mais sont en fait de joyeux fêtards lors d’une descente des bleus, le 16 juillet 2018, comme le repère Olivier Beuvelet) ne sont pas là pour acclamer le dirigeant, ils lui tournent symboliquement le dos.

 

Macron, justement, sur cette photo (prise par Ludovic Marin) présente une belle carrure, droit, mais la tête un peu penchée – et donc humble, le regard restant franc, toisant l’adversaire. Et le coin de sa bouche qui remonte légèrement… est-ce un rictus, ou bien esquisse-t-il un sourire ? « Un sourire pincé » sur un « héros », comme écrit dans l’article dont la couverture fait la une. Son front est pourtant plissé, on en dénote une inquiétude, ou bien de l’énervement, de l’agacement. De plus, cette photo n’est pas prise en contre-plongée, effet bien connu permettant de montrer la supériorité et le pouvoir de celui qu’elle représente (remontez voir l’assemblage d’affiches nazies – ou cliquez ici – cet effet est quasiment systématique… pour les hommes seulement bien sûr). On ne peut dans tous les cas nier que le traitement de l’image met en valeur ses traits et son physique, « avantageux », relativement (ne vous demandez pas si je trouve Macron à mon goût svp, ce n’est pas le sujet voyons). Dès lors, cette posture n’est pas celle d’un vainqueur, triomphant, mais pas celle d’un perdant non plus.

Aussi, André Gunthert note : « deux options graphiques indiquent le passage à la caricature photographique: celle du noir et blanc, qui suggère l’évocation historique, ainsi que l’expression fermée et le regard sombre, soigneusement choisis et accentués par la retouche – code qui traduit, pour un personnage politique, un jugement négatif sur l’action menée. »

 

L’histoire de l’art et du graphisme est grande et riche, cependant les styles et les courants ont tout de même parfois tendance à se chevaucher. Le nazisme et les totalitarismes furent des drames horribles, qu’il ne faut pas oublier, mais cela m’attristerait que, en plus des millions de morts, on doive y ajouter la perte d’un style graphique si efficace et attractif.

Julien Joly écrit de même « Nous vivons dans un monde d’images, de références graphiques, de symboles que nous comprenons tous à notre sauce. Et le rouge, blanc et noir, c’est très efficace visuellement. Je suis à peu près certain que Le Monde n’a jamais voulu assimiler Macron à Godzilla, et pourtant… ». À la suite, il agence la couverture du Monde avec un poster de Godzilla présentant les mêmes couleurs, et il en fait de même avec… un paquet de Marlboro ! (Et continue avec diverses affiches, des M&Ms à Star Wars)

Doit-on réserver le bleu de cobalt à Facebook ? Le jaune à McDonalds ? Le panda à WWF ?

Non, bien sûr. Toutefois, l’histoire de l’art et du graphisme ont probablement fait le tour d’une bonne partie des styles d’œuvres plastiques possibles ; et dès lors, qu’importe la création que vous réaliserez, celle-ci présentera quasi obligatoirement (à moins que vous ne soyez un génie) des codes, thèmes ou même un univers comparables et retraçables dans l’histoire des créations. Difficile donc de passer outre. Mais aussi bien dommage qu’une partie de la population associe un style graphique aussi efficace et riche à sa seule utilisation dans le nazisme, alors même qu’il n’en possède toutes les caractéristiques. Drôle d’erreur tout de même pour un ancien directeur associé d’une agence de graphisme (Richard Ferrand) et de même pour… Joann Sfar, ne mâchant pas ses mots (#petitedéception).

 

Dommage, mais aussi compréhensible (bien que le ton virulent de certains – notamment de ceux qui devraient avoir une bonne connaissance de l’art – me semble disproportionné).

Quant à Lincoln Agnew, qui a « immédiatement perçu le lien évident avec ses illustrations », il n’a toutefois pas alors remarqué « la connexion qui a été faite sur les réseaux sociaux avec le nazisme ».

Pour continuer à citer Jean François Porchez (son article est très bon, c’est normal que je le cite et cela n’a rien à voir avec le fait qu’il ait réalisé ma police préférée, pour le texte courant et de labeur, une police à la fois belle et lisible : ❤ Le Monde Livre ❤ ) :

« Dans la conscience collective, et comme le précise Loran Stosskopf (directeur artistique): “Pour évoquer le constructivisme, il manque certains codes: pas assez d’angles, de géométrie, etc. Le résultat est de l’ordre de l’iconographie réaliste, compatible avec celle des régimes autoritaires plus que dans la modernité. Cette couverture fait un usage trop approximatif des codes graphiques pour être bien comprise”.

Si la “conscience collective” y voit immédiatement une ambiance totalitaire, alors que l’analyse formelle indique autre chose, c’est qu’il s’agit bien que d’une nuance formelle entre le constructive Russe et l’imagerie nazie. L’émotion suscité  –  par ces couleurs, organisation de la page, le photomontage avec le président Emmanuel Macron –  est compréhensible. »

 

De même, comme l’a fait Olivier Beuvelet, la liste des similitudes avec l’imagerie nazie est tout de même importante : « le beige du papier vieilli qui renvoie au passé, le rouge et le noir qui rappellent les couleurs du drapeau nazi, le rapport foule-leader, et même, fort opportunément, le style gothique de la lettre M… initiale du président… qui n’a pas l’air très avenant sur la photo ».

Il rajoute, point amusant à remarquer, que certains ont vu (dont moi, mais il fallait aller chercher loin…) que les lignes directrices de l’image tendent à se rapprocher de la forme d’une croix gammée (en y opérant une rotation de -20°, tout de même… comparaison en haut à droite de l’image).

 

 

On pourrait s’en arrêter là. Et conclure :

L’histoire de l’art et du graphisme est riche, une création sera dès lors presque toujours empreinte de son passé, de courants artistiques, ainsi que d’autres artistes. Le style employé sur la couverture du magazine M appartient au constructivisme, mouvement artistique et populaire russe, bien différent du nazisme. Ses codes se retrouvèrent toutefois utilisées dans des affiches de propagandes hitlériennes, et ce notamment car les deux périodes se chevauchent presque.

Dès lors, la couverture du M, par son style, tend à rappeler la lutte populaire, révolutionnaire, présentée par les Gilets jaunes. Toutefois, elle symbolise aussi des questionnements posés par les manifestants, se rapprochant pour certains de l’extrême droite (plus ou moins anciennement nazie) et ayant des discours sous-entendant que le système actuel pourrait être qualifié de totalitaire : parti unique (« Hollande et Macron sont en fait plus des néolibéraux de droite ») et concomitance (le « système ») entre les politiques, les chefs d’entreprises et directeurs de media (échec du CICE, Bolloré qui annule les Guignols et le Zapping…)… Voilà ce que l’image peut sous-entendre, mais pas seulement.

Dans l’imaginaire de certains elle peut montrer, en amplifiant les suggestions ci-dessus, que le mouvement des Gilets jaunes serait populiste, antisémite, xénophobe… et Macron en serait le rempart.

 

On pourrait conclure et finir ainsi (bien que le sujet soit vaste et que je souhaiterais à vrai dire pouvoir parler de bien d’autres choses, mais le temps me manque)… mais ce serait manquer l’essentiel.

 

L’image suivante est peu après apparue, ne sortant même pas des bas-fonds d’Internet, mais du propre portfolio de l’artiste cité lors des excuses du directeur du Monde le 29 décembre au soir :

 

 

Lincoln Agnew, artiste canadien très inspiré par les constructiviste russe et l’esthétique punk, mêlant collages de photos et couleurs noire, blanche et rouge, avait réalisé cette œuvre représentant le führer pour un article du Harper’s Magazine, critiquant la dérive de l’administration Trump (il est d’ailleurs assez drôle de noter, troisième synchronicité de l’article, que l’article a été publié 364 jours, soit un an moins un jour, avant la prise de la photo des « faux » manifestants utilisée sur la couverture du Monde).

 

Tout n’aurait pu être qu’un malentendu, l’utilisation d’un style artistique méconnu et donc non reconnu, confondu alors avec l’imagerie nazie qui s’en rapproche, et qui elle est bien plus rapidement identifiée, ici à tort. Mais voilà, la couverture présentant Macron dispose d’une composition et de codes graphiques quasiment similaires à ceux de la création de Lincoln Agnew, parue un an et demi plus tôt.

 

Il me semble premièrement inconcevable que le directeur artistique Jean-Baptiste Talbourdet, ayant réalisée la couverture du Monde, l’ai faite entièrement par inspiration personnelle, et ce sans n’avoir jamais vu la version d’Agnew.

Secondement, il me semble aussi impossible qu’il ait vu l’œuvre d’Agnew, il y a donc un an et demi grand maximum, et que son cerveau l’ait occultée, cachée dans son inconscient, ce dernier guidant alors sa création d’une manière presque automatique.

Le nombre d’éléments semblables est important, mais surtout Agnew fait partie des inspirations phares du magazine, ils l’ont dit eux même, son travail devant donc être de temps en temps étudié, et ce pour s’en inspirer, et donc être très bien connu.

Par conséquent, il me semble bien difficile de parler ici d’inspiration, le mot plagiat semblant plus adéquat.

 

Pour Lincoln Agnew, qui s’est exprimé pour la première fois le 06 janvier, soit plus d’une semaine après la parution de la une, il s’agit bien là d’« appropriation de son travail contraire à l’éthique ». Il note aussi que Le Monde s’est excusé publiquement de la polémique, mais pas d’avoir associé son nom à de mauvaises décisions. (Il faut cependant remarquer que cela lui aura fait tout de même un bon coup de pub.) Le journal l’aurait aussi contacté mardi par e-mail, et il réfléchirait avec son agent à la réponse à apporter. « Je ne suis pas rancunier, nous faisons tous des erreurs. Et j’aime beaucoup collaborer avec eux. » a-t-il dit.

 

Dans tous les cas, Le Monde aurait très bien pu choisir de s’inspirer copier l’œuvre portrayant le führer, la couverture ne comparaîtrait pas pour autant Macron avec celui-ci. S’il est bien sûr possible de haïr notre président, il est moins logique de lui trouver ressemblance avec l’un des pires dictateurs de l’histoire moderne, ayant causé la mort de millions de personnes. De plus, le Monde est un magazine généralement considéré comme de « centre-gauche », ou voire plutôt de « libéral-libertaire », ce qui n’est pas si éloigné de ce qui semble être les convictions de notre dirigeant. Dès lors, quelle mouche pourrait avoir piqué la rédaction afin qu’ils adhèrent à une telle comparaison ? Cela ne me paraît vraiment pas censé.

 

Par ailleurs, comme dit plus haut, l’œuvre dont s’est outrageusement « inspiré » le directeur artistique du Monde était bien facile à trouver (dans le portfolio d’un artiste connu), elle allait donc immanquable sortir aux yeux de tous.

Il est aussi facile à comprendre que, pour un directeur artistique de bon niveau (n’importe qui n’est pas embauché en tant que responsable au Monde), et pour l’équipe conséquente qu’il doit avoir, la ressemblance de leur couverture avec l’imagerie nazie n’a pu échapper.

 

La seule conclusion que je puisse trouver à ce (très) long argumentaire est que Le Monde avait tout prévu. Le scandale, les tweets, re-tweets, les courriels furieux… et enfin, les excuses, et re-excuses.

 

Pourquoi ? « Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on parle de moi ! » disait Léon Zitrone. Peut-être pour cela ? J’avoue être encore dans le doute par rapport à cette raison…

Dans son second article d’excuse, Le Monde prend la peine de rappeler qu’il s’agit d’« un quotidien, un site et un magazine non partisans, qui cherchent toujours, par des informations inédites, des reportages ou des enquêtes originales, à alerter leurs lecteurs sur les grands mouvements de la planète ou du pays. » Peut-être est-ce simplement un « coup de pub », et non un « coup », histoire de vendre un peu plus, et inviter à lire l’article… qui lui reste bien traditionnel et loin de créer polémique.

 

Attention, le texte visible en cliquant ici parle de société, et peut alors être vu comme politique.

Je tiens alors à rappeler que l’association est apolitique, son seul but étant d’éduquer à la communication, mise en page et composition, et d’aider les associations ou personnes à petits moyens. Mes opinions proposées ici, qui me semblent les plus rationnelles, et que j’essaie d’expliquer de la manière la plus méthodique et scientifique possible, ne concernent que ma personne, et j’avoue pouvoir aussi me tromper. Je suis d’ailleurs bien sûr ouverte à en discuter avec tous ceux qui le souhaitent. De même, l’association et son site web sont ouverts à tous, que vous partagiez les avis ci-dessous ou non. Enfin, il me semblerait dommage que certains se détournent du site du fait de ces mêmes avis… J’espère dans tous les cas qu’ils vous auront au moins intéressés.

 

La provocation fait vendre. En 2012, l’arrivée d’Yves de Kerdrel à la direction de la rédaction de Valeurs actuelles aura été providentielle. Son optique, afin d’augmenter les ventes, aura été de tourner le guidon violemment à droite, tellement à droite que son magazine ressemble parfois fort bien à Minute (Le Canard enchaîné de l’extrême droite). Les unes deviennent extrêmement polémiques… si ce n’est franchement nauséabondes. Islam, Roms, insécurité, assistanat… On est bien loin de la douce France, bercée de tendre insouciance.

Pour Jean-Marie Molitor, directeur de Minute : « Valeurs actuelles se rapproche de la ligne éditoriale de Minute comme Le Point ou L’Express pour coller à la droitisation de la société. » (Ou bien coller à la droitisation de la société, tout en la faisant coller à la droiture de certains esprits, notamment ceux possédant les magazines ?)

La première image ci-dessous provient de l’article d’Acrimed, la seconde est une compilation rapide que j’ai pu faire (il en manque encore, mais le temps presse, et cet article est beaucoup trop long). (Vous pourrez voir que l’on retrouve même le magazine Marianne parmi ces couvertures.)

 

 

Je cherche à parler ici de provocation, telle qu’à pu le faire Le Monde consciemment, et je ne suis pas là pour débattre du sujet de l’Islam ou de l’immigration… Mais pour résumer mon opinion je pourrais dire : il existe un grand problème avec « l’islamisme » (soit un mouvement regroupant les courants les plus radicaux de « l’islam », ce qui n’est pas la même chose), mais ce problème est principalement à l’extérieur de nos frontières. La France compte en moyenne 7 millions de musulmans (= plus ou moins fidèles à l’islam, c’est-à-dire certains pouvant même manger du porc, etc…), soit une personne sur dix. Le Centre français de recherche sur le renseignement estime que 5 à 10% d’eux sont islamistes (= qui croient en une idéologie politique qui passe par l’application rigoureuse de la charia, c’est à dire des gens souhaitant des « états islamiques », qui pourraient aller faire le djihad pour, mais seraient aussi possiblement totalement contre les attentats terroristes : l’un n’empêche pas l’autre). Cela donne alors de un islamiste sur 100 à un sur 200 personnes habitant en France. Pas de quoi en pondre une couverture aussi souvent en résumé selon moi. Notamment lorsqu’on pense que « la récurrence de ces unes participe, dans la durée, de l’instauration d’un climat délétère et de la banalisation progressive de la stigmatisation de l’islam et des musulmans ». 

 

Dès lors, est ce qu’Internet et la France pourraient s’enflammer un peu plus contre de telles couvertures, et surtout face à une telle quantité, et ce comme ils ont pu le faire pour la couverture du Monde ?

 

En bref, le Monde aurait-t-il donc décidé de jouer dans la provoc’ ? Et à l’inverse de Valeurs actuelles, Le Point ou L’Express, testé un peu le terrain vers la provoc’ gaucho ?

Dans tous les cas, il me paraît impossible que le directeur artistique du Monde ignorait l’œuvre d’Agnew, ignorait que cette copie finirait par se savoir, ou ignorait qu’une partie des français prendrait ce style graphique pour de la symbolique nazie. Il me paraît de même impensable qu’il l’aurait fait à dessein, mais dans son coin, sans l’accord de ses supérieurs (et risquant alors sa place). Qu’en pensez-vous donc ?

 

Pour finir, on pourra retrouver une légère ressemblance avec la couverture du livre Libé. Les Meilleurs titres (en vente à 12€) (elle est toutefois beaucoup moins réussie… oula que c’est surchargé) :

 

 

J’en profite alors pour vous inviter à lire l’article Top 25 des meilleurs titres de Libé, le jeu de mots, c’est important, où on pourra retrouver des mots d’esprit tels que « C’était le Montand » (c’était le bon temps) ; « Kate Middleton : Incroyable, cette femme va épouser un dauphin ! » ; « Tueur en Syrie » (tueur en série) ; « Pour que la peine capitule » (la peine capitale)…

 

Et pour se faire plaisir, on termine par la compilation des graphismes constructivistes la plus sympathique que j’ai vu défiler sur Twitter. (cliquez pour voir l’image en plus grand. Quelle est votre préférée ? Perso, coup de cœur pour la deuxième, mais la dernière est en bonne place aussi.)

 

magnifiques affiches noire + rouge + papier de plusieurs styles graphiques

 

Dans l’article suivant on étudiera comment transformer la couverture Macron / Hitler par Le Monde afin d’en faire une réelle affiche de propagande (c’est une des réponses possibles au deuxième exercice ci-dessous, je vous conseille donc de le faire, pour ceux qui le désireraient, avant de cliquer sur l’article !)

 

Exercices :

  • (Facile) : Comparez le constructivisme russe et l’art officiel nazi. Essayez avec vos mots de récapituler les grandes lignes, styles et symboles de chaque mouvement. Reformulez pourquoi la couverture du M correspond plus au constructivisme. Enfin, entre ces deux courants, lequel vous plaît le plus, lequel trouvez-vous le plus efficace ?
  • (Facile) : Cette fois, analysez les caractéristiques de l’imagerie nazie et de propagande. Modifiez ensuite la couverture du supplément du Monde afin d’accentuer sa ressemblance avec ces mouvements. Il est possible de rajouter une croix gammée, mais seulement dans une seconde proposition (ce serait trop facile sinon !).
  • (Intermédiaire) : Choisissez un des mots d’esprits de Libération (présent dans le top 25 ou non) et illustrez le dans une affiche constructiviste (en noir, blanc et rouge seulement ; avec une importante dynamique et de l’asymétrie).

 

Exercices bonus :

  • (Très facile) : Trouvez les deux jeux de mots du titre.
  • (Facile) : Trouvez les erreurs typographiques de article (Indice : surprise ! Elles sont là où on s’y attend le moins.).

 

N’hésitez pas à poster vos réponses aux exercices en commentaires ! Ainsi, bien sûr, qu’à donner votre avis ! 😊

 

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