Comment transformer la couverture Macron / Hitler par le Monde afin d’en faire une affiche de propagande ?

Comment transformer la couverture Macron / Hitler par le Monde afin d’en faire une affiche de propagande ?

Maintenant que nous avons réfléchi à la polémique de la une du supplément M du Monde présentant Macron et plagiant s’inspirant très fortement d’une œuvre de Lincoln Agnew illustrant Hitler (voir article précédent), nous allons enfin pouvoir étudier sa composition. Pour ce faire, nous allons essayer de transformer cette couverture en une vraie affiche de propagande.


 

Je me suis donnée 45min montre en main pour la modifier… vous retrouverez les explications et le pas à pas ci-dessous. Il s’agit là à la fois d’un tutoriel de composition et de communication, pour graphistes, illustrateurs, artistes, storyboarders, réalisateurs… toutefois, pour ceux spécifiquement intéressé sur le « comment », vis-à-vis de Photoshop, un tutoriel sera disponible prochainement.

Pour voir les changements apportés au graphisme, faites glisser votre curseur sur les images.

 

Premièrement, pour montrer le pouvoir, la puissance, la supériorité, l’autorité, la masculinité… d’un individus, il est essentiel que celui remplisse de manière importante l’espace visuel. Idéalement, la composition doit aussi le présenter en contre-plongée, afin de faire percevoir qu’il est au-dessus et toise le spectateur.

Il est notable que tout cela n’est pas le cas pour la couverture du Monde : ils ne cherchaient pas à le montrer de cette façon.

Pour commencer le travail sur cette couverture, j’ai alors fait en sorte de décaler vers le haut les trois quarts supérieur de l’image, en gommant avec un brush flou le bas, donnant l’impression que la foule est plus importante. J’ai aussi pris soin que le bras d’un manifestant, visible en bas à droite, soit plus long et étiré : sa direction semble légèrement aller vers le visage de Macron, renforçant un peu l’impression que la personne est tournée vers lui, et là pour l’acclamer.

 

 

Secondement, une technique de composition très utile aussi, est de réfléchir à s’il est souhaitable de centrer le personnage ou non. S’il est de trois quarts ou de profil, ou regarde en coin, c’est d’autant plus important d’étudier cela.

Si le personnage regarde à droite et qu’il est aussi placé vers la droite de l’image, inconsciemment nous aurons alors tendance à le percevoir comme prisonnier, bloqué, ou dans le doute. Au contraire, s’il est tourné vers la gauche, mais toujours placé à droite, la composition deviendra plus contemplative, la figure semblant alors penser à son passé. Dans ces deux cas, l’effet aura tendance à être quelque peu négatif sur le personnage (il n’est pas en position de pouvoir, d’avancement ou d’évolution)

Cependant, s’il regarde à droite, mais que cette fois-ci l’image le présente sur la gauche, la composition pourra donner l’impression qu’un chemin est tracé devant lui (et plus l’espace négatif à sa gauche sera important, plus cette direction semblera longue). Si la personne a un visage souriant, elle semblera confiante de le tracer, au contraire si sa figure est close, le chemin semblera difficile à surmonter.

Cet effet marche même si l’individus est presque centré : il suffit d’un léger décalage sur la droite ou sur la gauche pour que l’impression que donne l’image en soit changée.

Dans le cas de la une du Monde, Macron n’est pas totalement centré, il est plus placé vers la droite, et c’est aussi vers là qu’il regarde. Dès lors, nous pouvons imaginer qu’il est dans une position compliquée, mais non réellement une impasse (car le décalage est faible).

Pour changer cela, j’ai agrandi l’espace à notre droite, le déplaçant un peu plus vers la gauche, et ce afin d’améliorer l’impression qu’il donne. Ses épaules ont été élargies, ce qui est un plus pour renforcer sa masculinité et l’impression de pouvoir qu’il dégage. J’ai aussi fait en sorte d’élargir le bras en bas en droite (qui avait été rallongé), car il avait l’air un peu rachitique

 

 

Comme dit précédemment, l’Art de Triomphe propose en son passage une ouverture intéressante pour le regard, pour le champ visuel. Ce vide apporte énormément à l’espace négatif de l’image (j’y reviendrai plus longuement dans un prochain article). Toutefois, le drapeau vient entraver ce champ : alors en effaçant l’étendard, le personnage semble disposer de plus de liberté, et ce car le regard du spectateur est moins enrayé.

 

 

Cependant, le drapeau est important à l’image, par sa symbolique (le nationalisme, nécessaire pour l’effet de propagande que nous souhaitons réaliser) et par son côté graphique (par l’apport de rouge notamment).

Je l’ai donc légèrement décalé afin que le champ visuel soit moins bloqué.

 

 

Il aurait été plus intéressant de laisser l’ouverture totale de l’Arc, mais comme visible dans l’animation ci-dessous, il était très difficile de trouver un endroit où mettre le drapeau ! (J’ai du mal à expliquer ce phénomène : je perçois où il est mieux placé dans la composition, mais je ne saurais exactement vous expliquer la raison scientifique à cela. J’ai bien sûr aussi essayé de le faire pivoter ou changer sa taille, il n’empêche que la composition est plus efficace lorsqu’il est placé à côté du vide sous l’Art – ce qui a au moins le mérite de lui permettre de ressortir, d’être plus visible (grâce au clair qui l’entoure). Après, si quelqu’un peut nous éclairer, sur le pourquoi du comment, je vous en prie partagez votre avis !)

 

 

Pour la symbolique ainsi que le champ visuel, à nouveau, j’ai cette fois enlevé la partie noire présente dans le blanc du milieu du drapeau.

 

 

Pour que l’image soit moins sombre, et semble alors plus positive, j’ai légèrement rougi la photo des (faux) manifestants. Le rouge rajoute alors bien sûr une légère intensification de l’aspect « propagandaire ».

 

 

A la suite de tout ça, je me suis un peu amusée à changer les traits de notre président, afin de le rendre plus souriant, doux et sympathique sur cette photo. Son visage fermé, clos, son rictus et ses traits tirés sur la couverture ne donnaient pas une impression très favorable de lui. Le plus important selon moi était d’enlever les ombres marquées qui balafrent son visage, spécialement sous les arcades des yeux et aux cernes. J’ai aussi éclairci l’intérieur de ses yeux et un peu surélevé son visage, car son regard droit avec sa tête légèrement baissée avaient tendance à faire figurer qu’il toisait la foule, renforçant l’impression qu’elle était contre lui. Par ces changements, les manifestants ont alors plus l’air de l’acclamer. Il semble dès lors plus en paix avec le cortège. De plus, une image de propagande doit présenter l’individu sous son meilleur jour, et si possible physiquement attrayant (ok ok, ça ne ressemble plus vraiment à Macron, mais je souhaitais pas non plus y passer trois heures… Mea culpa).

 

 

Ayant prévu de recadrer l’image pour faire en sorte que le président soit placé plus à gauche (comme conseillé ci-dessus), j’ai alors diminué la taille du texte à gauche et du logotype M.

 

 

Ici j’ai légèrement coloré en rouge le M pour renforcer l’effet de propagande.

 

 

Puis j’ai donc recadré l’image.

 

 

Une fois le recadrage fait, il me semblait que le texte était encore trop gros, l’image manquant d’espace vide et de respiration. J’ai alors diminué sa taille et l’ai décalé (mais sans toucher au M, important pour garder la notion de propagande).

 

 

Voilà ! Une proposition supplémentaire ci-dessous, cette fois-ci sans le texte, qui me semble mieux : plus aérée, poétique presque. L’image de comparaison est disponible tout en haut et à cette adresse, et vous trouverez une animation présentant tous les changements effectués un peu plus bas. 

 

 

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